27 décembre 2011
Jet lag
L’histoire a commencé comme avant. Je veux dire comme dans le temps. Avant Internet. Avant les plans cul direct. Comme avant, quoi.
Je ne m’y attendais pas…
Je ne l’espérais même plus.
Après le naufrage de ma relation, avec Vince, je m’étais résolu à camper dans un célibat réfléchi et accepté. Une fois domptée la peur de la solitude, une fois toléré l’avenir conjugué au singulier, il m’importait alors surtout à retisser un tissu social qui avait été mis à mal par les six années de perdues avec Gé, avec la coke, avec la folie, tout simplement. Et petit à petit, à force d’efforts, j’y parvenais. Une fois résigné à mon envie de vivre, je m’appuierais sur le quarteron d’anciens, sur les espoirs d’une amitié nouvelle avec Vince et sur mes frangins aux trois points pour enchaîner les jours. Et tant pis si le sens faisait défaut.
Pourtant, j’en avais parlé dans mon précédent post, déjà, il pouvait résonner comme une promesse, mais je ne l’envisageais pas. Trop inattendue, cette rencontre ne pouvait pas en être une : elle n’était pas voulue, pas provoquée. Elle intervenait trop tôt. Elle m’échappait.
Et pour nous échapper, l’histoire nous a échappé.
Après la première soirée, chez un blogueur, où quelques regards avaient été échangés, je concédais un rendez-vous quai de Loire pour un film quai de Seine : l’histoire plate mais poétique d’un presque huis-clos en Anatolie, un film difficile, pas romantique pour deux sous et inadapté aux rapprochements sensoriels. Le soir même, je m’étonnais déjà d’un enchaînement si banal aux yeux de tous, mais extraordinaire à mes habitudes car, plutôt que le plan cul direct, je m’étais laissé porté par un scenario simple mais sain d’une rencontre dédramatisée de toute urgence. Advint le dernier verre chez moi et une première nuit avec lui. Tendresse.
Fin de la séquence.
Au réveil, le lendemain je goutais sa bouche et compris que j’en aurai désormais besoin pour affronter au matin la platitude de mes quotidiens.
Une poignée de jours plus tard, au prétexte de rendre un menu service, pour passer quelques heures avec lui, je me trouvais face à ses parents et amis qui tous ont rapidement capté la nature de notre relation.
En six semaines de temps, l’histoire avec Awa s’est depuis installée, s’est imposée et s’est enrichie de promesses. On me reproche bien ça et là un délai de « viduité » un peu bref après Vince mais je n’en ai cure. Si la grande histoire ne repasse pas deux fois les mêmes plats, il en est de même des histoires d’amour, et j’ai trop morflé pour me plier à ce qui pourrait être un code de bonne conduite du célibat. Dont acte.
Dans le même temps, les fêtes de fin d’année sont arrivées avec leur cortège d’obligations, de réjouissances collectives, de surconsommation, de frustration.
J’avais d’abord décidé cette année de prendre le temps de rejoindre les miens la veillée de Noël, pour partager ensemble ce moment d’échange. Je l’avais décidé sur le divan du docteur Michel tant j’ai intégré, au cours de cette année de travail intérieur, que la relation à la famille n’est pas innée, qu’elle s’entretient et se poursuit, si et seulement si chacun apporte sa pierre. Je suis en effet aujourd’hui certain que le Grand Chaos des années 2009 et 2010 est en partie imputable à un sentiment de déréliction que je n’ai jamais contré. Je suis véritablement convaincu que, à mon insu, j’ai substitué aux relations essentielles (ma famille et mes amis), des ersatz qu’étaient alors le cercle morbide et mortifère de l’existence que voulait Gé et nos addictions. A cette époque et durant deux ans, la mort, le sexe, l’alcool et la drogue ont pris le contrôle de ma vie comme des obsessions. Bref, j’étais parvenu à la conclusion qu’il me fallait donc désormais – et ce n’est pas spontané quand on revient du néant –réinvestir ces histoires naturelles que sont la famille et les amis, conscient que la difficulté serait de raccrocher au train de tête mon propre wagon. Je ne voulais pas que ma famille subisse les conséquences du jet lag que je ressens dans ma relation aux autres. C’est pourquoi cette année, je préférais à mon traditionnel aller-retour journée Paris-Lyon prendre plus de temps, et réveillonner avec eux.
J’avais tout simplement mal évalué combien leurs vies s’étaient construites sans moi.
A une poignée de jours du 24 décembre, ma nièce me faisait savoir que, si elle pouvait m’héberger la nuit de Noël, son compagnon, sa fille et elle ne pourraient toutefois pas rester avec moi, retenus qu’ils étaient par un dîner dans sa belle famille. Je resterai donc seul chez elle, un plateau télé à écouter la radio, ou l’inverse... Un peu déçu mais nullement chafouin, j’actais la chose et décidais de rester à Paris. Je m’ouvrais de ma déconvenue à Awa, qui aussitôt m’a convié à rejoindre son cercle familial à cette occasion.
J’hésitais un peu. J’aurai pu, comme l’an passé, rester seul chez moi. Mais il est des exercices qu’il vaut mieux s’économiser et des fiertés qu’il vaut mieux ravaler quand on n’est pas certain de la qualité du lien qui nous retient à la vie. Une nouvelle fois, conscient de mon penchant naturel pour une déréliction coupable, mère de la glissade vers d’autres vices, je prenais les rênes de mon quotidien et acceptais l’invitation, qui plus est qu’elle me comblait.
C’est donc dans l’univers familial d’Awa que j’ai passé la veillée de Noël pour mieux retrouver les miens le lendemain.
Fin de la deuxième séquence.
D’abord.
D’abord, il y a les vieux…
250 ans à eux trois. Mon père, ma mère et l’autre. La belle-mère. Celle avec qui on fait semblant. Celle qu’on n’aime pas et qui nous le rend bien. Enfin qu’on croit.
C’est la troisième fois que je vois mes parents cette année, et, à chaque occasion, je constate le chemin qu’ils ont parcouru vers le cercueil. Les années passées, il me semble qu’ils étaient encore un peu avec nous. Je veux dire vivants. Là, je les ai trouvés claquemurés dans l’égoïsme de la vieillesse. Ils sont devenus insensibles à nos marques de tendresse, aveugles devant le fait que c’est pour eux, rien que pour eux, que je retourne là bas. Je me rends compte aussi combien le dialogue devient difficile. Combien hormis nos douleurs – et je pense à Guibert évoquant ses conversations avec Suzanne – nous ne partageons plus rien qu’un lien animal. Elle me parle de morts que je ne connais plus. Je me tais de ma vie tant je sens qu’elle ne lui est plus accessible. Silence. Nos silences. Ils ne sont même plus pesants. Ils sont.
Le père.
Il s’enfonce dans la folie. Doucement mais surement. Dans quelques mois, je suis convaincu qu’il commencera à ne plus nous reconnaître. Pour me rassurer, je me dis qu’il joue parfois un rôle, celui du sourd qui ne veut pas entendre, le rôle du distrait qui ne s’intéresse pas aux futilités quotidiennes de son entourage. Mais non. A chaque fois, les indices se font plus évidents et la maladie plus prégnante. La sénilité est là.
Je traverse cet entre-deux, entre vie et mort, comme on traverse un no-mans-land. Il me semble que je suis moins paniqué à l’idée de les perdre un jour, qu’ils me deviennent un peu étrangers au fur et à mesure qu’ils se laissent enserrer par le quatrième âge.
Le père.
Personne ne dit le mot mais tous savent qu’on y est. Alzheimer. On caresse à peine le sujet, effrayés à l’idée que sa déchéance entrainera fatalement celle de la mère, dépendante à lui, plus lucide mais presqu’impotente. Désormais.
2012 sera longue et les années qui suivront plus encore.
La mère.
J’ai du mal à la revoir maîtresse femme, tant cette origine de moi a changé de face, vieillarde. Si je ressens encore le lien fulgurant et vital qui nous uni, je déplore que son grand âge m’éloigne d’elle.
Et puis.
Et puis les autres.
Le Frère. L’Ainé. Celui qui n’est pas venu. Celui qui ne vient plus. Bouffé par sa mégère. Celui a qui j’ai donné rendez-vous sur la tombe de la mère, il y a deux ans, au plus fort de ma folie, tant il n’a pas lutté pour se retenir à nous.
Et son puîné, centre de nous parce que c’est à lui et à sa femme que nous devons encore pour quelques temps toutes les initiatives de réunions de nous. Et ses gosses, mon neveu et ma nièce. Et leurs gosses à eux, maintenant, qui poussent les vieux au tombeau. Etrangers si familiers.
Echanges de cadeaux. Chacun projette plus ou moins dans le présent donné la manière dont il perçoit l’autre. On tombe souvent à côté. Mais ce n’est plus grave. Parce qu’on est ensemble. Pour une des dernières fois. C’est certain.
Entre-deux. No-mans-land. Je n’aime pas traverser ces années qui me séparent encore de la mort de mes parents.
Alors…
Alors il y aura Venise. Bientôt. Avec lui et sa presque vingtaine d’années de moins que moi. Je ne pourrai m’empêcher l’évocation de Tadzio. Mais, une nouvelle fois je serai vivant. Envers et contre tout, et contre toutes attentes – enfin les miennes.
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10 novembre 2011
Christophe, David et les autres (grands corps malades)
Depuis quelques semaines que je revis, je multiplie les entrées en relation avec les autres, les amis, ceux "d'avant" et des nouveaux. Je goûte les plaisirs simples d'un verre à la maison, d'un café dans le Marais, d'un dîner en ville.
A ces occasions, je rencontre de nouvelles têtes qui me deviennent rapidement chères et que j'intégre à ce tissu social que je suis en train de racomoder. Je n'évoquerai pas ici la figure de ce garçon, bien plus jeune que moi qui vient de faire une douce entrée dans mon univers. Je vous dirai que je me suis laissé séduire. Que nous nous sommes fait la cour et, tout simplement que nous acceptons de nous découvrir un peu plus chaque jour. J'aime bien.
Ce que j'aime moins, c'est ce qui se passe à Paris, ces derniers mois, dans le microcosme des clubbers que j'ai quitté il y a quelques années mais où j'ai gardé quelques copains, quelques capteurs.
J'ai déjà évoqué ici Benoît, un de mes passés amants, gentil garçon au demeurant et que j'ai recroisé un soir de fauvisme. J'avais du à l'époque rebrousser chemin et remballer ma libido parce que Benoit et son pote étaient partis presque à mon insu dans un plan slam.
Un plan slam, c'est quoi ?
J'en étais resté benoitement, si j'ose dire, aux déclamations poétiques de Grand Corps Malade. Mais non, le slamming dont je parle ici consiste à conjuguer le sexe avec les drogues, comme souvent, et plus précisément la coke ou la méphédrone injectées en intraveineuses (IV).
On se déchirait en IV à Londres, il y a 10 ans. Enfin je n'y étais pas, c'est ce qu'on raconte. i aura donc fallu 10 ans pour que la défonce trash traverse le channel. Je pensais que Benoit et son chum étaient un cas isolé. Jusqu'à ces jours.
J'ai repris contact ces derniers temps avec des potes teufeurs, pour prendre un pot, des nouvelles, et puis c'est tout.
Parmi eux, j'ai revu Christophe et David.
Ce qui m'a frappé d'abord, c'est leur masque et leur maigreur. Pour David, qui aligne péniblement 25 ou 26 ans, j'ai mis ça sur le dos du sport, de la fatigue... Puis j'ai discuté avec Christophe, de dix ans son aîné. Et j'ai appris ce qui se passait sur Paname.
En fait, c'est une déferlante.
Les mecs sont rentrés dans un délire de toxicomanie dure et s'injectent dans des proportions hors de tout contrôle les drogues précitées. Même les garçons les plus installés tombent comme des mouches. Certains d'entre eux restent sur le carreau, je veux dire qu'ils meurent, et que beaucoup atteignent le point de non-retour.
Et Christophe m'a parlé de son expérience, et puis de David, de sa descente aux enfers. Rapide. Sans appel. Christophe a évoqué son combat pour en sortir. Il est clean... depuis un mois. Il en est fier. Ca me semble fragile, si fragile...
Un premier slam, et t'es mort. Je veux dire que t'es addict. Moi, ça me terrorise. Je ne suis pas assez sur de ma gouvernance.
Putain de saloperies.
Je flippe. Pour moi. Pour eux.
22:23 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20 octobre 2011
J -1
Avant le retour en phase conneries.
Je serai étonné de ne pas céder au chant des sirènes.
21:59 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
16 octobre 2011
Les soirs où ça pue l'odeur du vide,
je les retrouve, je sens que je les retrouve. Ces soirs.
Tiens, ils me font tellement flipper que je me sers un whisky, comme ça, pour anesthésier la gène. Pour fluidifier l'écrit, aussi. L'alcool, anticoagulant de l'encre... J'ai pas trouvé mieux.
En panique. De nouveau. Les mêmes réflexes qui reviennent, les mêmes pensées qui m'assaillent et me voilà de retrouver l'étau de l'isolitude.
Faut dire que ça n'allait pas depuis quelques temps déjà, depuis les vacances à Méco, au Portugal. J'y ai cassé un truc dans mon histoire avec Vince, et pendant un mois durant, nous avons tenté de la raccomoder, en vain. Je suis le dernier étonné de l'échec de notre relation. Nous ne sommes pas parvenu à nous départir de nos rôles acquis pendant la dépression, lui en infirmier modèle, moi en malade pétri de souffrance et d'exclusives. C'était mort.
Quand la vie est revenue dedans mes veines, les mêmes plis, les mêmes faux pas sont aussi réapparus. Le sort en était jeté. Nous nous somme séparés il y a une semaine tout juste, d'un commun accord. Mais dans les séparations d'un commun accord, il y en a toujours un qui est plus d'accord que l'autre. Et cette fois, ce n'est pas moi.
Pendant deux ou trois jours, je crois que j'ai trouvé ça plutôt chouette, de retrouver mon célibat. En début de semaine, pour la première fois depuis que j'ai déménagé, c'est à dire depuis 15 ou 16 mois, je parvenais à prendre mes marques, chez moi, sur le Bassin de la Villette. J'engageais des dépenses importantes, qui sans être somptuaires, signifient à tous et à moi le premier que je m'installe là. Pour un temps.
J'ai aussi retrouvé les chemins de mes nuits fauves, pécho au passage un petit mec de vingt ans mon cadet, une sorte de petit chat, avec lequel j'ai baisé, fort bien, et qui l'espace de quelques soirées m'a apporté ce torrent de tendresse que j'attendais. Dont acte, je m'installais dans ma nouvelle vie de célibataire et tout devait aller bien.
Ma peur de l'abandon, cette garce, cette pourriture que ma mère m'a transmise, n'a pas eu besoin de plus d'une semaine pour reprendre les commandes de mon quotidien. Et me voilà ce soir, des idées sombres plein la tête, et surtout, surtout, je hume l'odeur du vide, ton absence et en miroir mon extrême fragilité.
J'ai envie d'écrire. Non ! Pas envie, besoin... L'autre symptome.
J'ai envie d'un trait aussi. Juste un. Pour me rappeler comment ça fait. Pour écrire plus vite et avoir les idées plus claires, plus grises, aussi.
Alors, ce soir, je me suis cassé. Comme hier. Comme demain je me casserai. Fuir cet isolement, et qu'importe si c'est moi qui l'ai construit, il m'est insupportable. Alors j'ai retrouvé le chemin des bordels, des bas fonds du Paris éternel, pourris.
De nouveau, j'ai filé ma bite à des inconnus, sans doute dans le même état de déreliction que moi. Je les ai croisé, fourré, sans jamais les rencontrer. Je m'étonne, depuis mes 42 ans, de toujours trouver des partenaires de cul potables, quand dans le ghettos, à 30 ans, t'es rangé au rang des vieux.
Pour contrer la garce, la solitude, je m'invente une famille virtuelle avec laquelle je reste en interraction, 24/24, ersatz de toi. Facebook, twitter, grindr, bbz, bears, citegay, gayromeo. je multiplie à l'envi les login pour survivre dans un existence de pseudos, une pseudo existence.
Et pourtant, c'est toi qui me lis, eux qui me parlent, qui ensemble, me tenez, un fil ténu. Mais un fil.
Mes vrais amis, que sont-ils devenus ? Egarés pour la plupart entre l'hôpital Bichat et la Clinique de Saint-Mandé, éparpillés dans les affres des dysfonctionnements de mon cerveau malade, je ne les compte plus que sur les doigts d'une main. Et j'en crève comme j'en veux à ma vieille de ne nous avoir pas appris à socialiser. Faudra que j'en parle au psy. Là, il y a un blème.
Et Myriam, mon toubib, alter alma, qui me somme d'écrire, ce que je vis, ce que je traverse, comme exutoire ou comme traces.
Un autre verre.
Ce soir, rue Saint Maur, au bordel de ma jeunesse, j'ai tenté de te remplacer par son cul. Etrangement, quand ils ont voulu m'embrasser, j'ai fuis alors que tout mon être quémandait de la tendresse, une reconnaissance. Mais lorsque je caressais leur corps, je ne sentais que la peau qui se détachait des os. Ils étaient morts et moi avec.
Alors je suis rentré, vite.
Et Ecrire.
Et oui, un autre verre.
Le retour dans le désert de ma vie va être violent. J'aurai beau lutter contre mes travers, le chemin qui s'annonce sera hard, et je serai seul pour le gravir, alors que j'ai tellement besoin de toi.
Mais il est tard.
Trop tard.
Ecrire encore un peu, puisqu'il le faut.
Mais on se rapproche inéluctablement du dernier acte. Et c'est sans doute aussi bien ainsi.
Merci pour le bonus. J'ai failli y croire.
22:54 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
28 septembre 2011
Extension du domaine du doute ?
Aux pieds de la Grande Bibliothèque, j'ai déjeuné avec Cathy aujourd'hui. A côté de nous, un célèbre animateur télé courtisait une jeune fille plutôt jolie. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, c'est ça voix qui m'est apparue familière.
Mais ce n'est pas mon propos.
Je crois que c'est la première fois depuis bientôt deux ans que je retrouvais Cathy, en seul à seule. C'était plus largement la première fois depuis le Grand Chaos que je m'autorisais un face à face avec un intime sans être totalement tétanisé par la peur du duo, la crainte des blancs dans la conversation. J'ai éprouvé un sentiment de soulagement et de bonheur. Je reviens bien dans la vie.
Nous avons parlé de nous.
Je lui ai fait part de mes doutes, de mes incertitudes, de mes perceptions de ce qui me semble stable et de ce qui ne l'était pas.
Nulle doute que cette dépression sévère qui m'a amené aux portes de la mort laissera des traces à jamais, mais pourtant je sens le naturel reprend tous ses droits. Et de me rendre compte aussi que les plis à l'âme, que les traits de personnalité, que tout ce qui me faisait "avant" est resté. Je suis le même, avec quelques bosses et quelques rayures en plus. Vintage boy.
J'ai confessé ma difficulté d'être du moment avec Vince : nos engueulades maintenant quotidiennes, mon besoin plus fréquent de moments de solitudes, mes tentations prégnantes. Je lui ai dit combien j'avais mal vécu la mise en cause maladroite de ma thérapie par Vince. Mon théorème selon lequel il est extrêment compliqué de partager son quotidien avec un sceptique, ou un non-analysé se vérifie une nouvelle fois.
J'ai aussi été tenté de réécrire l'histoire, de comprendre la place que les choses et chacun avait occupé, pendant ces deux ans de calvaire et qui faisaient que aujourd'hui, je suis vivant.
- Envers et contre tout, j'ai d'abord préservé mon boulot, animal social que je suis ;
- j'ai bien sûr reposé ma tête sur l'épaule de Vince, infirmier, que je dois aujourd'hui - s'il le veut aussi - dépouiller de son costume de soignant pour qu'il redevienne simplement l'homme que j'aime ;
- j'ai délégué au corps médical toute mes forces de vie, je leur ai fait confiance au delà de toute limite et n'ai jamais remis en cause ni leurs diagnostics ni leurs certitudes ;
- je ne néglige pas le rôle de la famille et celui des ancêtres, élevés au rang de quasi divinités, éloignés mais chéris ;
- j'ai observé toute la place qu'ils avaient gardé, eux, les derniers des fidèles, les Cathy, les Isa, ultime quarteron de moins-loin auxquels je n'ai rien caché de ma détresse et sur lesquels j'ai déversé tout mon désespoir et toute mon affection quand tous les autres avaient déserté ;
- plus exotique mais nullement anecdotique, la féline présence de mes chats, petits êtres entièrement dépendants de moi et pour lesquels ma disparition eut été un cataclysme, m'a tenu, les chéris ;
- j'ai maintenu contre vents et marées les amitiés des frangins éclairés, du G.O. ou d'ailleurs et qui m'ont prouvé ce que fraternité voulait dire ;
Sept piliers sur lesquels j'ai assis ma survie ces deniers mois.
Qu'ils en soient remerciés.
19:01 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
27 septembre 2011
Point d'étape, actes manqués et autres billevesées (billet analytique)
Comment dire ? Je crois que je vais bien. Mais je ne fais que le croire, je n'en suis pas encore convaincu. Je peux dire que je me sens mieux : je me retrouve avec mes excès, ma mauvaise humeur et même ma mauvaise foi et pourtant je me demande si ce mieux n'est pas lui aussi pathologique.
Je m'explique.
Dans notre dernière séquence de vacances, il était prévu que Vince et moi partions rejoindre ses amis au Portugal. Nous y sommes allés. Le séjour fut doux et délicieux. Et pourtant, chaque jour durant, je me trouvais contraint, empêché de quelque chose, contrarié par je ne sais quoi. Alors je me suis fermé, tout doucement mais bien sûrement. Et puis, pour rien, pour un regard de lui, j'ai saboté. En pleine soirée, je suis parti, je me suis retiré dans la chambre, sans un mot. J'avais été atteint. Sans que je puisse encore m'expliquer pourquoi Vince avait écorné mon image, avait empiété sur moi et ça me semblait irréparable.
En quittant le repas sans mot dire, je savais que je donnais à l'incident une dimension démesurée. Je savais que j'allais au clash. Je savais que je risquais jusqu'à ma relation avec lui. Et pourtant je le faisais. Plus tard je me rendrai compte que j'étais dans la répétition de quelque chose de vieux, dans un comportement irrationnel mais bien connu qui me pousse malgré moi à saborder ce qui va bien. Quelque chose qui touche à l'estime de moi avait été égratigné. Je ne sais toujours pas quoi, alors pour me venger, je tue.
A notre retour en France, et après un débrief bien maladroit de l'incident, Vince s'est effondré et m'a donné à voir l'étendue du massacre affectif que j'avais opéré. C'en était trop. Il m'appartenait alors de reprendre la main, de concéder des excuses et de m'engager sérieusement sur la recherche des causes.
C'est là que se pose la question : bipolaire ou pas ?
Je reprends ma place dans ma vie, toute ma place. Avec mon caractère, tous mes excès, mon éternelle insatisfaction, mon besoin incommensurable de considération et mon autre besoin incommensurable de séduire, de plaire, de pécho. Puis me voilà à refaire des projets. A décider que je m'installais dans ce chez moi que je considérais jusque là comme transitoire, à abandonner mon fantasme de vie de couple, à apprécier de nouveau la solitude et d'avoir des soirées pour moi.
Et si ce mieux être était une phase hypomaniaque ? Et si l'explosion de Lisbonne était un symptôme du trouble bipolaire ? J'entrouve les portes du diagnostic, m'y engouffre, tente de trouver des raisons médicales à mon comportement, mon humeur, et j'en trouve. Si c'est médical c'est que je n'y peux rien, dont acte, circulez y'a rien à voir, l'explication est facile. trop facile. Elle m'exonère en partie d'un travail sur moi-même. Le Dr Michel ne souscrit pas au diagnostic. Il parle plutôt d'une blessure narcissique ancienne qui n'excuserai pas, elle, mes écarts. J'entends.
Diagnostic ou pas diagnostic, j'ai du travail pour me rendre supportable aux autres et à moi.
Actes manqués : par deux fois j'ai zappé mes rendez-vous chez les psy, preuve en est que je m'estime guéri de la phase dépressive. Tant mieux. Je reste néanmoins en alerte pour que cette phase de mieux être ne se transforme pas en n'importe quoi. Parce qu'avec la mélancolie qui s'en va, le chasseur se réveille. Avec la dépression qui s'éloigne, mon besoin de séduire refait surface. Le prédateur est de retour. Là encore, besoin de me canaliser pour ne pas sombrer dans le port'nawak.
Les (nouvelles) nuits parisiennes...
Au détour d'un chat, j'ai recroisé Benoit, un passé amant. C'était à l'époque de Berthier un joli môme, un fuckbuddy de banlieue qui venait passer quelques après-midi ou fin de soirée en ma compagnie. Je l'aimais bien, Benoit, il venait assez souvent. Et l'autre soir, je disais, je l'ai croisé de nouveau sur le Net. J'étais content.
Il est en couple, Benoit, maintenant, et j'étais heureux pour lui tant ce garçon avait eu du mal à se caser.
Puis, à force de me chauffer, Benoit, il est parvenu à me faire bouger, chez lui, pas très loin de la maison, pour un plan à trois avec son mec. Il y a longtemps que je n'avais pas fait de plan à trois. Ce n'est pas spécialement mon truc, mais là c'était différent. C'était Benoît.
Je suis arrivé tôt fait dans un bel appartement d'un immeuble haussmannien. Son mec, un très beau gosse est venu m'accueillir, vétu d'un seul caleçon. Le ton était donné, le plan serait direct. En principe, j'aime.
Puis un autre avance vers moi. J'ai du mal à le reconnaître. C'est Benoit. Il est amaigri. Lui aussi est quasi nu et dévoile des membres presque totalement décharnés.
Il ne prend pas même le temps de me saluer et m'attire au salon. Sur la table, du matériel médical, du sérum phy, des flacons, des pailles, sur un miroir un petit monticule de coke.
Je suis face à mes vieux démons.
Benoît m'invite à me faire un rail.
J'hésite. J'hésite un peu.
Mais plus pour moi.
Il a l'air un peu décontenancé, puis me dit qu'avec son mec, ils vont se faire un fix, pour le plan. Me demande si ça me dérange. Instinctivement, je réponds que non. En fait, je ne sais pas.
Ils s'éloignent tous deux dans la chambre. Je reste là. Au salon. A la C., je ne toucherai pas. Je me rends compte que ça ne me demande même pas d'effort. Je suis guéri.
Vient le moment de les rejoindre, ils m'appellent. Ils sont là, allongés côte à côte et moi je suis debout face à eux. Je flippe un peu. je repense à mon pote, mort d'overdose dans les mêmes circonstances, à la suite d'une rencontre sur le même site.
Benoit me prend la main et veut m’entrainer vers lui. Ses doigts sont glacés.
Ce n'est plus de la trouille que j'éprouve, mais une sorte de dégoût. Je sais que je ne veux pas aller où Benoit veut m'emmener. Ce glauque là, ce trash absolu n'est plus ma vie. Ca ne fait plus sens ou plutôt je n'en ai plus besoin. Je n'ai plus besoin de prendre de risques pour exister.
J'ai regardé Benoît, son teint trop pâle, ses pupilles trop dilatées et, je suis parti. Sans dire un mot ou presque.
Ce soir là, en les voyant tous les deux perdus dans leur regard sans vie, dans leur besoin de néant je me suis vu quelques années plus jeune.
Mais c'est fini.
Oui, c'est fini.
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30 août 2011
Ce soir, il est urgent
d'écrire.
Ce soir, il est urgent de dire que je vis. Et que je vis bien. Depuis peu. Mes carnets en témoignent un peu, d'ailleurs.
Ce soir il est urgent de vivre, mais aussi de prendre le temps de le dire.
Au bilan de ces derniers jours, quelques actifs et une colère. Les actifs, d'abord et contre toute attente c'est cette bande de potes que je vois de plus en plus souvent avec Vince. Ces moments de bières partagés. Depuis moi, je les regarde vivre, tout simplement et me dis que peut-être, bientôt, je serai autre chose qu'un spectateur.
Les actifs c'est encore les copains de blogs, je veux dire de la scène parisienne du pédéblogging, de la scène historique et que je revois un peu. Je pense à Oizo. Je pense à Demonz. je pense à Solal. L'impression folle de les retrouver après un voyage dans les pays douleur. C'est bien, tout simplement : c'est bien.
Puis il y a twitter, véritable planche de salut en terme de socialisation : une sorte de moucharabieh virtuel qui me permet de voir sans être trop vu, sans me dire plus que cela. Ce sont quelques profils furtifs, des garçons essentiellement, bien sûr, mais que je surprends à compter dans mon quotidien. Des petites preuves, en 140 signes, de l'existence de l'autre, de l'attention qu'il me porte, que nous nous portons. Je trépigne un peu parfois de passer à la rencontre tout en ayant peur, bien sûr. Ca viendra, pourtant.
Enfin il y a la colère : la mienne.
J'ai croisé Jay, par erreur, dimanche soir dans un resto du Marais. 7 ans de vie commune et pas un regard, pas un mot, lui, étouffé par sa superbe, engoncé dans la surreprésentation qu'il a de lui-même. Lui, riche de notre naufrage. Lui en phase de séduction face à un mec qui, le pauvre fou, ne sait pas où il met les pieds [la bite].
Jay, l'interneur. Celui qui a délivré une HDT à mon encontre, l'incarcérateur. Celui qui s'est pris pour ce qu'il n'était plus. Lui qui, finalement, depuis le jour maudit de notre rencontre, n'a eu de cesse d'aspirer mes pulsions de vie.
La haine ne servirait à rien, et l'indifférence n'est pas assez crasse.
Me reconstruire, c'est l'annihiler. C'est lui ou moi. Je veux dire qu'à la manière d'un Ceaucescu, je dois abattre ce néant que nous n'avons jamais construit, je dois anéantir le moindre souvenir, je dois briser les illusions de bonheur jamais partagé, je dois annuler jusqu'à l'idée de lui. Il faut que je détruise les traces de nous.
J'ai plombé mon âge d'or à cause de ce bogue de ma vie. Ce soir il est plus que temps de cloturer ce chapître en déniant à Jay la moindre influence sur ma vie.
Il n'est plus rien.
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