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27 décembre 2005
Retour sur images
Je regarde ces derniers jours, et j'éprouve un vrai sentiment de réconciliation. Avec eux. Avec moi.
Je crois que le processus avait débuté dès l'an passé.
C'est curieusement la nausée que j'avais éprouvé à la lecture d'un billet - en date du 24/12 - d'un ex-blogueur qui m'avait alors montré à quel point j'avais de la chance. La chance de les aimer, de me respecter, de me sentir lié à une histoire, malgré des chemins bien différents.
A l'inverse de ce type, mes parents ne m'ont jamais facilité la tâche. Ce fut toujours un peu "marche où crève", mais finalement, le bonus, c'est maintenant.
Au soir de leur vie, je n'ai plus aucun remords, plus aucun reproche à leur encontre. Tout au contraire. J'éprouve envers eux une grande tendresse filiale. et je crois même que je parviens à les comprendre. Avec leurs armes, ils m'ont armé. Et si, gamin, j'ai pu éprouver un manque de tendre, ce que nous échangeons aujourd'hui est si touchant, si sincère tout en étant si discrèt, que ça me tire parfois des larmes.
Je n'ai aucun regret et je me sens debout, fier d'eux, fier de moi. Prêt à aller plus loin.
Et pourtant, elles auraient pu être dures, ces dernières heures, car ils ont changé et je ne les avais pas vu depuis de longs mois.
Ma mère, jadis véritable chef de toute une tribu sur trois générations, s'est rabougrie. Elle a perdu cette posture altière qui lui conférait l'autorité que nous lui redoutions tant. Elle se tasse désormais, se recroqueville, comme si elle voulait se faire plus petite encore, déjà prète à se tapir au fond d'un cercueil de bois tendre. Et nous l'accompagnerons, cette petite vieille, qui compte les heures, cette femme de l'autre siècle, un peu bouffie par la cortisone, un peu jaunie sous les agressions d'une radiothérapie. Elle ressemble dorénavant à une photo de famille en sépia qu'on montrera demain aux jeunes générations, un tremollo dans la voix.
Et lui, le Père. Cet inconnu, le silencieux, qu'est-il devenu ? Il n'était plus qu'une ombre, déjà, flottant dans ses habits trops grands, vestiges d'une époque où il vaquait de part et d'autres du fief familial, à rendre service à l'un, à l'autre. Et il paraissait hier si frêle, si vulnérable, si petit, qu'il paraissait enfant. Et nous nous ressemblons tant, qu'au fond de ses yeux encore bleus, c'était moi que j'apercevais.
Et Gé, témoin de tout ça.
Et moi, témoin des mêmes scènes, chez lui.
Et de me sentir riche d'avoir su construire ça, avec lui et sans doute grace à lui. L'essentiel est là. C'est certain. Alors, poser une note pour moi même, et me commander de relire ce billet, aux heures de doute ou de désamour.
17:26 Publié dans Le blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

Commentaires
très touchant, vraiment. J'ai aussi vécu une "réconciliation", dans des circonstances certainement tout autres, mais tout ça me parle...
Ecrit par : senonevero | 27 décembre 2005
waow...merci Phil. Ca fait ndu bien à tout le monde ce genre de texte.
Ecrit par : darkbear88 | 27 décembre 2005
Je trouve ton article extrêmement touchant. Les mots me manquent pour exprimer les émotions qui se bousculent en moi... Comme l'a écrit senonevero, "tout ça me parle"...
Ecrit par : Giorgino | 29 décembre 2005
Ben moi je n'ai pas réussi ça !Non, quand mon père est mort il ne restait plus rien.
J'avais pardonné l'égoïsme, l'entreprise de démolition et le reste ............ pardonné il y a longtemps. Mais quand on a appris tout jeune à exceller dans le sujet qui blesse, la formule qui fait mal, qui laissera des traces. Le rire blessant, l'indifférence étudiée, cela laisse des traces ! ! On prend la politique de la terre brulée et rien ne repousse.
J'aurais aimé ressentir qlq chose quand on a refermé le cercueuil. Si j'ai eu de la peine, c'est de ce manque.
Je suis heureux de t'avoir lu. Je suis heureux de sentir ton humanité, ta chaleur.
Merci mon vieux.
PS : qu'est-ce que tu es beau ! Sois heureux !
Ecrit par : Garcy | 31 décembre 2005