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14 juillet 2006
De loin
de très loin depuis ma conscience, j'écris ce post. Et il ne pouvait l'être que dans un moment de cet acabit. Un de ces instants de l'étrange où après les drogues, j'actionne les palliatifs légaux. Pour fuir plus vite, encore. De loin. De là où je me tiens, chaque lettre, chaque mot est dur. Il est effort. Le brouillard qui m'a envahi - un peu à la façon du delirium traemens du poivrot, me laisse pourtant percevoir cet absolu besoin de vous dire ça, et de vous le dire maintenant :
Je n'écris pas. Et je n'écrirai pas. Et c'est à cause de ça :
J'ai enfin retrouvé une mauvaise édition du Prix Hermès 76. J'ai immediatement failli l'égarer... au rayon frais du Franprix de Berthier. Le gag confine à l'obscène. Il se trouvait dans ma terne saccoche Longchamp, saccoche qui vient de m'être offerte lors de ma promotion au rang d'adjoint au sous-chef de bureau de la quatrième direction. Mais si j'avais perdu, de nouveau, ce bouquin qui je viens de mettre cinq années à retrouver, ç'eut été une augure dramatique.
J'ai eu la chance de croiser Gomez-Arcos dans les années 80. Un ptit bonhomme, pas très vieux, pas très laid, mais très convaincu que l'oeuvre de sa vie, c'etait l'Agneau. Le petit vieux m'a jaugé. Il m'a souri. Il m'a tendu le livre dédicacé qui devenait alors pour moi un fil. Il ne savait pas que peu après, tous les fils se romperaient. Pour lui. Pour moi.
Mais quand un homme a pu écrire ça : ça donne l'humilité du lecteur. Ca tue la velleïté de l'écrivassier.
Je t'aime parce que tu es à moi. Je t'aime parce que je te possède. Je t'aime parce que tu as besoin d'amour. Je t'aime parce que tu es le désordre et que je n'aime pas l'ordre. Je t'aime parce que lorsque tu me regardes, et ce depuis toujours, je me sens un héros. Et je t'aime surtout parce que j'ai enfin compris que je ne peux parler de mon amour à personne d'autre qu'à toi, et que le véritable amour c'est ça. Deux êtres qui forment une seule solitude. Un seul silence. Je t'aime aussi parce que ton contact me pousse à la limite de ma virilité.
[Et toi ? Pourquoi tu m'aimes ?]
Je t'aime parce que ...j'aime la destruction et que toi et moi nous ne formons pas ce lendemain pénible de l'amour éternel. Je veux dire de l'amour dit créateur.Et je t'aime surtout parce que personne ne pourra jamais nous accuser d'amour. Jamais, tu comprends [...] Je t'aime parce que je te sens capable d'aimer quelqu'un d'autre et pourtant tu n'aimes que moi. Moi tout seul.
Et moi, je vous dit que ceux qui m'aimeront... liront l'Agneau carnivore, quand bien même il soit totalement introuvable. Mais ceux qui le liront s'interdiront un seul instant de se croire Ignacio, ou Antonio.
Moi, je les ai croisé.
Ils sont morts, aujourd'hui. Pour la République Espagnole. Qui vaincra. Dans le sang.
04:25 Publié dans Philothèque | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

Commentaires
Ce bouquin est un de mes "phares". :-)
http://blog.matoo.net/index.php/archives/2004/04/16/inexorable-autodafe/
http://blog.matoo.net/index.php/archives/2005/10/04/mon-pantheon-de-la-litterature/
Ecrit par : Matoo | 14 juillet 2006
"il me semble que Tonio est en train de sodomiser le petit"
Bouquin lu en jullet 93 d'après ce que j'ai annoté, pas certain que cette phrase soit vraiment emblématique mais je l'ai toujours trouvée mignone :)
Ecrit par : ubik | 14 juillet 2006
très bel extrait que j'espère vous emprunter bientôt, un jour, si je trouve l'autre ... ça donne envie de lire le bouquin, mais aussi avec la citation de ubik ;-)
Ecrit par : demonz | 17 juillet 2006
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